Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t'Aime. Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps. Trois mots reliés chacun par un tuyau de plastique à un bocal plein de liquide. Il me sembla qu'elle nous souriait, la petite phrase. Il me sembla qu'elle nous parlait :
-Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j'ai trop travaillé. Il faut que je me repose.
-Allons, allons, Je t'Aime, lui repondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pied.
Il la perça longtemps de tous ces mensonges qu'on raconte aux malades. Sur le front de Je t'Aime, il posa un gant de toilette humecté d'eau fraîche.
-C'est un peu dur la nuit. Le jour, les autres mots viennent me tenir compagnie.
"Un peu fatiguée", "un peu dur", Je t'aime ne se plaignait qu'à moitié, elle ajoutait des "un peu" à toutes ses phrases.
-Ne parle plus. Repose-toi, tu nous as tant donné, reprends des forces, nous avons trop besoin de toi3
Et il chantona à son oreille le plus calîn de ses refrains.
Pauvre Je t'Aime, parviendront-ils à la sauver?
Je t'Aime... Tout le monde dit et répète "je t'aime". Il faut faire attention aux mots. Ne pas les repéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s'usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver.